stef
14/10/2008, 12h38
Corps & Graphe est le fruit du travail photographique de deux coauteurs, mari et femme, dont l'un a suivi des études d'Arts Plastiques, tandis que l'autre est issue d'un milieu artistique tourné vers la peinture.
Corps & Graphe est né de leur retour commun à la photographie, ainsi que d'une volonté de servir les modèles, pour la plupart amateurs, en leur donnant envie d'être photographiés.
Site web : http://www.corps-et-graphe.com
Comment et pourquoi avez vous commencé à photographier ?
<img src="http://www.simplementphoto.com/interview/corpsetgraphe/cg5.jpg" style="float:left; margin: 0 5px 5px 0;" />
V : Beaucoup de gens s'intéressaient à la photo dans mon entourage familial ; je suis issue d'une lignée d'artistes où il y a toujours eu un foisonnement d'idées. J'y suis venue à mon tour timidement en commençant par soigner mes cadrages, en faisant des photos de vacances, des photos de famille. Enfant, j'ai toujours été intriguée par l'infinie minutie avec laquelle mon grand père préparait ses prises de vue. Il avait un Foca et utilisait une cellule. J'ai eu la chance aussi de regarder au travers d'un Rolleiflex….ça aide.
L: Pour moi, la photo a commencé avec mon père, depuis tout petit: de mémoire, je l'ai toujours vu en train de faire de la photo, avec son Voigtlander, puis son Pentax.
A 12 ans, il m'a donné le Voigtlander, et j'ai appris la photo comme ça: avec un télémétrique et une cellule à la main... Très formateur Au lycée, je suivais alors une filière "artistique", je me suis inscrit à un "photo club" à la MJC de ma commune.
J'ai découvert au bout de 8 jours que j'étais le seul membre en fait ! Du coup j'ai été emprunter des livres à la bibliothèque, et j'ai appris le labo comme ça, de manière empirique. Le coté positif, c'est que j'avais le labo pour moi tout seul et que j'y allais quand je le voulais.... Cette période a été une phase d'apprentissage, mais je considérais la photo comme quelque chose d'accessoire...
Et puis à l'entrée dans la vie active, j'ai cessé toute activité artistique. Ca a duré 15 ans en fait. Quand j'ai rencontré V. , elle n'a pas cessé de me pousser à renouer avec ça. 3 jours après la naissance de notre fils, de retour à la maison, j'ai repris l'appareil photo et j'ai fait des photos de lui.
Dans la série, il y avait "LA" photo réussie, totalement différente du reste... Ca m'a donné envie de reprendre. J'ai ressorti mon boitier argentique, je me suis réinscrit dans un photo club que j'ai quitté un an plus tard (trop didactique), et j'ai commencé un reportage photo avec une troupe de danseuses.
C'était long et compliqué, du fait que je faisais mes tirages et mes développements moi-même: vu le temps que cela prenait, c'était difficilement compatible avec la vie de famille...
V. a eu un rôle complètement décisif dans la naissance de "Corps & Graphe": en premier lieu, elle m'a offert un réflex numérique, en me disant "tais-toi et avance un peu" , alors que j'étais en plein doute. En second lieu, elle a été mon tout premier vrai modèle.
Et enfin c'est elle qui m'a poussé à exposer mes premières photos sur Internet sur un photo-blog qui a été le "brouillon" du site "Corps & Graphe" actuel
Comment avez vous acquis les compétences que vous avez aujourd'hui ?V. Au gré des séances avec les modèles que nous rencontrons, nous avons affiné notre style, nous avons défini notre démarche.
Nous sommes dans une recherche constante.
Il nous arrive de consacrer une heure à une photo dont nous ne sommes pas satisfaits. Nous essayons d'équilibrer le rendu photographique en utilisant les moyens techniques performants qui s'offrent à nous, sans que ces derniers dénaturent la prise de vue.
L: Nous sommes très curieux et très ouverts. Nous adorons partager dans la photo, discuter avec d'autres photographes, échanger les points de vue et les techniques.
Comme le dit V., nous cherchons. Comme nous n'essayons pas d'être "reconnus" ou "connus", cela nous permet de nous essayer à plusieurs styles et de prendre plus de risques, sans craindre de perdre un public ou de déplaire à des acheteurs. Notre seule limite est que cela plaise aux personnes qui posent pour nous.
Quels sont les conseils que vous donneriez à un débutant désireux de faire des photos de nu artistique ?V: Le premier conseil serait avant tout d'être extrêmement respectueux et courtois avec son modèle, professionnel ou non.
Ensuite, ne pas laisser la personne se débrouiller seule devant l'objectif ; lui parler, la guider, lui expliquer ce que vous faites, lui montrer quelques extraits lorsque vous travaillez en numérique. Tout cela est rassurant.
Poser nu est difficile même pour un modèle pro. C'est un moment d'une totale intimité, tant pour le modèle, que pour le photographe. Corps et Graphe n'existerait pas sans les personnes qui sont passées devant ses objectifs ; nous ne savons travailler que dans le respect total de l'individu.
L: Totalement d'accord avec V. J'ajoute seulement qu'il faut aussi se demander pourquoi vous avez envie de faire du nu... Ca n'a l'air de rien, mais c'est une question très importante.
Je vais être brutal, mais si c'est dans l'idée de transgresser quelque chose, alors autant arrêter, ça n'apportera rien de bon. Chacun à ses raisons, que je ne juge pas, mais celle-ci est définitivement une impasse.
Avec quel matériel travaillez-vous ? Qu'est-ce qui a motivé votre choix ? Comment ce présente votre studio ?
<img src="http://www.simplementphoto.com/interview/corpsetgraphe/cg9.jpg" style="float:left; margin: 0 5px 5px 0;;" />V: Pour la dernière question, la réponse est rapide : nous n'avons pas de studio. Mais un jour ou l'autre nous allons tenter l'expérience, c'est sûr, "quand on sera grands" !
Nous travaillons avec un Nikon D 70 et parfois un D 200, quand on nous en prête un. Nous apprécions les appareils lourds !! Nous étions déjà Nikonistes avant de nous rencontrer.
L: On attend avec impatience de nous offrir un second boitier... Corps & Graphe est arrivé à maturité et nous sommes désormais aussi actifs l'un que l'autre. Il y a parfois "bataille" lors d'une séance au moment de prendre une photo ... On a bien senti l'un et l'autre que c'est le bon moment.
Par ailleurs, comme nous travaillons hors studio, et principalement à la lumière naturelle, nous privilégions les objectifs à très grande ouverture. Pour ma part, j'ai un faible pour les optiques fixes, car cela m'oblige à bouger et changer de cadrage. V. est tombée amoureuse d'un 17-55 – F /2,8 très lumineux qui lui permet d'ajuster ses cadrages au millimètre (elle est très exigeante sur ce point)... Deux approches différentes.
Quel est le message, les émotions, que vous voulez faire passer à travers vos photos ?V : Il serait prétentieux de notre part de dire que nos photos véhiculent un message. En revanche, elles sont étroitement liées aux émotions et à la volonté du modèle.
L: Pour ma part, j'aimerais qu'on arrête d'essayer de nous "classer" soit dans la photo de mode, soit dans la photo de nu, ou de lingerie. Nous ne sommes rien de tout ça.
Ce qu'on essaie de faire, c'est de la photo intimiste, tournée vers le modèle. Notre priorité ce n'est pas de montrer nos photos et de les faire reconnaitre, mais de faire en sorte de susciter une émotion avant tout chez la personne qui pose pour nous.
Nous montrons notre travail sur notre site uniquement pour rencontrer d'autres personnes qui sont dans cette démarche. Nous vivons la photo comme quelque chose d'essentiel, lié à chaque rencontre...
Il ne serait pas question pour nous, par exemple, de payer un modèle pour faire nos photos, se serrer la main, et basta. On ne critique pas ceux qui travaillent comme ça, mais c’est juste que ce n'est pas notre approche.
Pouvez vous nous expliquer quelles sont vos méthodes de travail ?
V: Chaque séance est différente. Nous fonctionnons au feeling, vraiment. Rien n'est prémédité. Tout se construit avec le modèle, en échangeant des idées, sans qu'il y ait de fil conducteur permanent. La communication est omniprésente.
L: Oui, on insiste sur la participation active des modèles. Bien évidemment on ne les laisse pas "seuls" devant l'objectif : comme il s'agit souvent de personnes qui n'ont jamais posé, nous les
accompagnons, nous discutons, nous proposons des choses et souvent au bout d'un moment, la personne qui pose va spontanément apporter aussi ses idées. De là nous rebondissons sur un autre thème, et ainsi de suite.
Peut être auriez vous envie de nous raconter une petite anecdote ?
<img src="http://www.simplementphoto.com/interview/corpsetgraphe/cg6.jpg" style="float:left; margin: 0 5px 5px 0;;" />L: C'est un peu délicat, il y en a pas mal et à chaque fois très personnel.
V : Tout à fait d'accord avec L.
Quels conseils techniques pourriez vous donner ?
L: On a un secret: oubliez la technique, c'est un piège !!!! Sans V., j'en serais encore à me poser des barrières du genre "ah il faut un studio pour l'éclairage, pas assez de lumière, etc etc"... C'est elle qui m'a bousculé en me disant à chaque fois: "fais autrement"...
La photo était en train de devenir un nouvel engin de torture pour moi, heureusement que V. était là pour tout remettre à plat.
V : Cette question est assez amusante car Corps et Graphe est constitué de deux axes, va-t-on dire .
L'un extrêmement pointu sur le plan technique (eh non, ce n'est pas moi !!) et l'autre totalement à la rue dans ce domaine , mais très intuitif, très sensoriel (là, c'est moi !!).
Ce qui ne veut pas dire que L n'est pas intuitif, loin de là !! Nous sommes très complémentaires, en fait. Mais si nous devions compter sur moi pour la technique, nous serions très mal !! Il y a quand même une chose que je retiens.
Aujourd'hui la retouche numérique est aisée, mais en abuser peut tuer l'âme d’une photo. Tout est question de dosage et de finesse d’appréciation.
Comment se déroule une séance ? Quelles sont vos relations avec les modèles ?L: Tout d'abord l’un de nous deux rencontre les personnes intéressées dans un lieu public.
C'est souvent moi du fait que je suis le plus mobile. Nous présentons notre travail, et nous discutons des attentes des uns et des autres. Il arrive parfois que cela ne donne pas suite, le reste du temps nous fixons un rendez vous pour la séance, qui aura généralement lieu au domicile du modèle.
Quand nous commençons, nous laissons la personne trouver ses marques, autour d'un café. Il ne faut pas oublier que nous "envahissons" son espace personnel.
Nous travaillons sans pied, sans éclairage. Cela nous permet de minimiser notre présence et contribue à ce que le modèle se sente à l'aise... Voilà pour la partie "intendance"... Pour les relations avec les modèles, je laisse parler V...
V : Bon L a quasiment tout dit…..Pour l'aspect relationnel, je vais me répéter, mais il est indispensable d'établir un dialogue rassurant pour le modèle. Ecouter attentivement ses souhaits, s'y tenir.
Et toujours dialoguer. Nous parlons beaucoup, nous expliquons beaucoup, nous ne cherchons jamais à convaincre.
Quelles sont vos projets ? Comment imaginez-vous la suite de votre parcours ?
L: J'ai du mal pour ma part à me projeter dans l'avenir... J'aimerais bien que nous exposions un jour, mais j'ai aussi du mal à m'imaginer vendre un tirage: j'ai un rapport vraiment affectif à nos travaux.
Nous avons déjà eu des propositions d'acheteurs de certains tirages, mais comme il s'agissait de photos vraiment très personnelles, nous n'avons pas donné suite.
En revanche j'étais vraiment fier de voir que des personnes croient en ce que nous réalisons au point d'investir dans une de nos photos. Sinon sur les projets en cours: continuer, aller de l'avant...
V : D'accord avec L. Faire une expo serait génial. Et pourquoi pas un recueil un jour ? Difficile d'imaginer ce que Corps et Graphe va devenir. Nous aimons l'idée de nous laisser porter là où les différentes opportunités nous emmèneront.
Auriez vous envie d'essayer un autre type de photo ? Si oui, lequel ?
<img src="http://www.simplementphoto.com/interview/corpsetgraphe/cg8.jpg" style="float:left; margin: 0 5px 5px 0;;" />L: Moi j'ai trouvé ma voie ! J'ai juste envie de concrétiser un projet que j'avais lancé autour du couple, que j'ai initié il y a presque un an et qui a du mal à avancer...
Je ne veux pas le limiter à la vision conventionnelle du couple hétéro, et je veux l'ouvrir aussi aux couples gays et lesbiens. Je veux parler des sentiments, d'amour, de quelque chose de fusionnel, de la relation si spéciale à l'autre.
V : Le land art et ce tout ce que la nature nous donne à voir. Toute vision d'endroits, d'espaces de lieux susceptibles de déclencher des émotions agréables. J'aimerais tenter également l'expérience studio, plus particulièrement pour travailler le nu en noir et blanc.
Une remarque ?L: La création c'est ça la vraie vie. Tout le reste c'est superflu. Créez à n'en plus finir, chacun à votre niveau, que ce soit à travers n'importe quelle discipline: littérature, théâtre, cinéma, photo, peinture, sculpture, etc.... Ce qui rend l'espèce humaine si exceptionnelle, c'est justement cette capacité à créer et à inventer, ça serait un crime d'oublier ça.
V : Voilà, c'est exactement ça : la création, c'est la vie. Que dire de plus ?
Entretien de Corps & Graphe (http://www.corps-et-graphe.com/) réalisé par David Nicolas (http://www.davidou.com) pour SimplementPhoto (http://www.simplementphoto.com)
Corps & Graphe est né de leur retour commun à la photographie, ainsi que d'une volonté de servir les modèles, pour la plupart amateurs, en leur donnant envie d'être photographiés.
Site web : http://www.corps-et-graphe.com
Comment et pourquoi avez vous commencé à photographier ?
<img src="http://www.simplementphoto.com/interview/corpsetgraphe/cg5.jpg" style="float:left; margin: 0 5px 5px 0;" />
V : Beaucoup de gens s'intéressaient à la photo dans mon entourage familial ; je suis issue d'une lignée d'artistes où il y a toujours eu un foisonnement d'idées. J'y suis venue à mon tour timidement en commençant par soigner mes cadrages, en faisant des photos de vacances, des photos de famille. Enfant, j'ai toujours été intriguée par l'infinie minutie avec laquelle mon grand père préparait ses prises de vue. Il avait un Foca et utilisait une cellule. J'ai eu la chance aussi de regarder au travers d'un Rolleiflex….ça aide.
L: Pour moi, la photo a commencé avec mon père, depuis tout petit: de mémoire, je l'ai toujours vu en train de faire de la photo, avec son Voigtlander, puis son Pentax.
A 12 ans, il m'a donné le Voigtlander, et j'ai appris la photo comme ça: avec un télémétrique et une cellule à la main... Très formateur Au lycée, je suivais alors une filière "artistique", je me suis inscrit à un "photo club" à la MJC de ma commune.
J'ai découvert au bout de 8 jours que j'étais le seul membre en fait ! Du coup j'ai été emprunter des livres à la bibliothèque, et j'ai appris le labo comme ça, de manière empirique. Le coté positif, c'est que j'avais le labo pour moi tout seul et que j'y allais quand je le voulais.... Cette période a été une phase d'apprentissage, mais je considérais la photo comme quelque chose d'accessoire...
Et puis à l'entrée dans la vie active, j'ai cessé toute activité artistique. Ca a duré 15 ans en fait. Quand j'ai rencontré V. , elle n'a pas cessé de me pousser à renouer avec ça. 3 jours après la naissance de notre fils, de retour à la maison, j'ai repris l'appareil photo et j'ai fait des photos de lui.
Dans la série, il y avait "LA" photo réussie, totalement différente du reste... Ca m'a donné envie de reprendre. J'ai ressorti mon boitier argentique, je me suis réinscrit dans un photo club que j'ai quitté un an plus tard (trop didactique), et j'ai commencé un reportage photo avec une troupe de danseuses.
C'était long et compliqué, du fait que je faisais mes tirages et mes développements moi-même: vu le temps que cela prenait, c'était difficilement compatible avec la vie de famille...
V. a eu un rôle complètement décisif dans la naissance de "Corps & Graphe": en premier lieu, elle m'a offert un réflex numérique, en me disant "tais-toi et avance un peu" , alors que j'étais en plein doute. En second lieu, elle a été mon tout premier vrai modèle.
Et enfin c'est elle qui m'a poussé à exposer mes premières photos sur Internet sur un photo-blog qui a été le "brouillon" du site "Corps & Graphe" actuel
Comment avez vous acquis les compétences que vous avez aujourd'hui ?V. Au gré des séances avec les modèles que nous rencontrons, nous avons affiné notre style, nous avons défini notre démarche.
Nous sommes dans une recherche constante.
Il nous arrive de consacrer une heure à une photo dont nous ne sommes pas satisfaits. Nous essayons d'équilibrer le rendu photographique en utilisant les moyens techniques performants qui s'offrent à nous, sans que ces derniers dénaturent la prise de vue.
L: Nous sommes très curieux et très ouverts. Nous adorons partager dans la photo, discuter avec d'autres photographes, échanger les points de vue et les techniques.
Comme le dit V., nous cherchons. Comme nous n'essayons pas d'être "reconnus" ou "connus", cela nous permet de nous essayer à plusieurs styles et de prendre plus de risques, sans craindre de perdre un public ou de déplaire à des acheteurs. Notre seule limite est que cela plaise aux personnes qui posent pour nous.
Quels sont les conseils que vous donneriez à un débutant désireux de faire des photos de nu artistique ?V: Le premier conseil serait avant tout d'être extrêmement respectueux et courtois avec son modèle, professionnel ou non.
Ensuite, ne pas laisser la personne se débrouiller seule devant l'objectif ; lui parler, la guider, lui expliquer ce que vous faites, lui montrer quelques extraits lorsque vous travaillez en numérique. Tout cela est rassurant.
Poser nu est difficile même pour un modèle pro. C'est un moment d'une totale intimité, tant pour le modèle, que pour le photographe. Corps et Graphe n'existerait pas sans les personnes qui sont passées devant ses objectifs ; nous ne savons travailler que dans le respect total de l'individu.
L: Totalement d'accord avec V. J'ajoute seulement qu'il faut aussi se demander pourquoi vous avez envie de faire du nu... Ca n'a l'air de rien, mais c'est une question très importante.
Je vais être brutal, mais si c'est dans l'idée de transgresser quelque chose, alors autant arrêter, ça n'apportera rien de bon. Chacun à ses raisons, que je ne juge pas, mais celle-ci est définitivement une impasse.
Avec quel matériel travaillez-vous ? Qu'est-ce qui a motivé votre choix ? Comment ce présente votre studio ?
<img src="http://www.simplementphoto.com/interview/corpsetgraphe/cg9.jpg" style="float:left; margin: 0 5px 5px 0;;" />V: Pour la dernière question, la réponse est rapide : nous n'avons pas de studio. Mais un jour ou l'autre nous allons tenter l'expérience, c'est sûr, "quand on sera grands" !
Nous travaillons avec un Nikon D 70 et parfois un D 200, quand on nous en prête un. Nous apprécions les appareils lourds !! Nous étions déjà Nikonistes avant de nous rencontrer.
L: On attend avec impatience de nous offrir un second boitier... Corps & Graphe est arrivé à maturité et nous sommes désormais aussi actifs l'un que l'autre. Il y a parfois "bataille" lors d'une séance au moment de prendre une photo ... On a bien senti l'un et l'autre que c'est le bon moment.
Par ailleurs, comme nous travaillons hors studio, et principalement à la lumière naturelle, nous privilégions les objectifs à très grande ouverture. Pour ma part, j'ai un faible pour les optiques fixes, car cela m'oblige à bouger et changer de cadrage. V. est tombée amoureuse d'un 17-55 – F /2,8 très lumineux qui lui permet d'ajuster ses cadrages au millimètre (elle est très exigeante sur ce point)... Deux approches différentes.
Quel est le message, les émotions, que vous voulez faire passer à travers vos photos ?V : Il serait prétentieux de notre part de dire que nos photos véhiculent un message. En revanche, elles sont étroitement liées aux émotions et à la volonté du modèle.
L: Pour ma part, j'aimerais qu'on arrête d'essayer de nous "classer" soit dans la photo de mode, soit dans la photo de nu, ou de lingerie. Nous ne sommes rien de tout ça.
Ce qu'on essaie de faire, c'est de la photo intimiste, tournée vers le modèle. Notre priorité ce n'est pas de montrer nos photos et de les faire reconnaitre, mais de faire en sorte de susciter une émotion avant tout chez la personne qui pose pour nous.
Nous montrons notre travail sur notre site uniquement pour rencontrer d'autres personnes qui sont dans cette démarche. Nous vivons la photo comme quelque chose d'essentiel, lié à chaque rencontre...
Il ne serait pas question pour nous, par exemple, de payer un modèle pour faire nos photos, se serrer la main, et basta. On ne critique pas ceux qui travaillent comme ça, mais c’est juste que ce n'est pas notre approche.
Pouvez vous nous expliquer quelles sont vos méthodes de travail ?
V: Chaque séance est différente. Nous fonctionnons au feeling, vraiment. Rien n'est prémédité. Tout se construit avec le modèle, en échangeant des idées, sans qu'il y ait de fil conducteur permanent. La communication est omniprésente.
L: Oui, on insiste sur la participation active des modèles. Bien évidemment on ne les laisse pas "seuls" devant l'objectif : comme il s'agit souvent de personnes qui n'ont jamais posé, nous les
accompagnons, nous discutons, nous proposons des choses et souvent au bout d'un moment, la personne qui pose va spontanément apporter aussi ses idées. De là nous rebondissons sur un autre thème, et ainsi de suite.
Peut être auriez vous envie de nous raconter une petite anecdote ?
<img src="http://www.simplementphoto.com/interview/corpsetgraphe/cg6.jpg" style="float:left; margin: 0 5px 5px 0;;" />L: C'est un peu délicat, il y en a pas mal et à chaque fois très personnel.
V : Tout à fait d'accord avec L.
Quels conseils techniques pourriez vous donner ?
L: On a un secret: oubliez la technique, c'est un piège !!!! Sans V., j'en serais encore à me poser des barrières du genre "ah il faut un studio pour l'éclairage, pas assez de lumière, etc etc"... C'est elle qui m'a bousculé en me disant à chaque fois: "fais autrement"...
La photo était en train de devenir un nouvel engin de torture pour moi, heureusement que V. était là pour tout remettre à plat.
V : Cette question est assez amusante car Corps et Graphe est constitué de deux axes, va-t-on dire .
L'un extrêmement pointu sur le plan technique (eh non, ce n'est pas moi !!) et l'autre totalement à la rue dans ce domaine , mais très intuitif, très sensoriel (là, c'est moi !!).
Ce qui ne veut pas dire que L n'est pas intuitif, loin de là !! Nous sommes très complémentaires, en fait. Mais si nous devions compter sur moi pour la technique, nous serions très mal !! Il y a quand même une chose que je retiens.
Aujourd'hui la retouche numérique est aisée, mais en abuser peut tuer l'âme d’une photo. Tout est question de dosage et de finesse d’appréciation.
Comment se déroule une séance ? Quelles sont vos relations avec les modèles ?L: Tout d'abord l’un de nous deux rencontre les personnes intéressées dans un lieu public.
C'est souvent moi du fait que je suis le plus mobile. Nous présentons notre travail, et nous discutons des attentes des uns et des autres. Il arrive parfois que cela ne donne pas suite, le reste du temps nous fixons un rendez vous pour la séance, qui aura généralement lieu au domicile du modèle.
Quand nous commençons, nous laissons la personne trouver ses marques, autour d'un café. Il ne faut pas oublier que nous "envahissons" son espace personnel.
Nous travaillons sans pied, sans éclairage. Cela nous permet de minimiser notre présence et contribue à ce que le modèle se sente à l'aise... Voilà pour la partie "intendance"... Pour les relations avec les modèles, je laisse parler V...
V : Bon L a quasiment tout dit…..Pour l'aspect relationnel, je vais me répéter, mais il est indispensable d'établir un dialogue rassurant pour le modèle. Ecouter attentivement ses souhaits, s'y tenir.
Et toujours dialoguer. Nous parlons beaucoup, nous expliquons beaucoup, nous ne cherchons jamais à convaincre.
Quelles sont vos projets ? Comment imaginez-vous la suite de votre parcours ?
L: J'ai du mal pour ma part à me projeter dans l'avenir... J'aimerais bien que nous exposions un jour, mais j'ai aussi du mal à m'imaginer vendre un tirage: j'ai un rapport vraiment affectif à nos travaux.
Nous avons déjà eu des propositions d'acheteurs de certains tirages, mais comme il s'agissait de photos vraiment très personnelles, nous n'avons pas donné suite.
En revanche j'étais vraiment fier de voir que des personnes croient en ce que nous réalisons au point d'investir dans une de nos photos. Sinon sur les projets en cours: continuer, aller de l'avant...
V : D'accord avec L. Faire une expo serait génial. Et pourquoi pas un recueil un jour ? Difficile d'imaginer ce que Corps et Graphe va devenir. Nous aimons l'idée de nous laisser porter là où les différentes opportunités nous emmèneront.
Auriez vous envie d'essayer un autre type de photo ? Si oui, lequel ?
<img src="http://www.simplementphoto.com/interview/corpsetgraphe/cg8.jpg" style="float:left; margin: 0 5px 5px 0;;" />L: Moi j'ai trouvé ma voie ! J'ai juste envie de concrétiser un projet que j'avais lancé autour du couple, que j'ai initié il y a presque un an et qui a du mal à avancer...
Je ne veux pas le limiter à la vision conventionnelle du couple hétéro, et je veux l'ouvrir aussi aux couples gays et lesbiens. Je veux parler des sentiments, d'amour, de quelque chose de fusionnel, de la relation si spéciale à l'autre.
V : Le land art et ce tout ce que la nature nous donne à voir. Toute vision d'endroits, d'espaces de lieux susceptibles de déclencher des émotions agréables. J'aimerais tenter également l'expérience studio, plus particulièrement pour travailler le nu en noir et blanc.
Une remarque ?L: La création c'est ça la vraie vie. Tout le reste c'est superflu. Créez à n'en plus finir, chacun à votre niveau, que ce soit à travers n'importe quelle discipline: littérature, théâtre, cinéma, photo, peinture, sculpture, etc.... Ce qui rend l'espèce humaine si exceptionnelle, c'est justement cette capacité à créer et à inventer, ça serait un crime d'oublier ça.
V : Voilà, c'est exactement ça : la création, c'est la vie. Que dire de plus ?
Entretien de Corps & Graphe (http://www.corps-et-graphe.com/) réalisé par David Nicolas (http://www.davidou.com) pour SimplementPhoto (http://www.simplementphoto.com)